La main d’Irulegi comporte les premières traces de la langue basque
La main d’Irulegi, artefact de bronze, comporterait le plus vieux texte en vascon (basque ancien) connu à ce jour. Datée du Ier siècle av. J.-C., elle a été découverte en Espagne dans la région de Navarre dans les ruines d’un château de la vallée d’Aranguren. La feuille de bronze en forme de main aurait plus de 2000 ans.
Découverte en juin 2021 au sud-est de Pampelune, « dans les restes calcinés d’une maison », elle a été dévoilée peu après.
C’est l’équipe du centre de recherche scientifique basque Aranzadi qui mène les travaux sur l’artefact. Les dimensions de l’objet correspondent à une main droite grandeur nature, avec une hauteur de 143,1 mm et une largeur de 127,9 mm pour une épaisseur de 1,09 mm. Il pèse 35,9 grammes et présente une perforation qui permettait de le clouer. Ce dernier aurait été accroché à la porte d’entrée « en signe de bienvenue et de vœux pour les résidents et les visiteurs » d’après le Diario de Navarra.
Des preuves d’une civilisation lettrée
Une fois débarrassée de la boue qui s’était accumulée au cours des siècles d’inhumation, la main de bronze a révélé une inscription au dos de cinq mots pour 40 signes répartis sur quatre lignes. Ces derniers sont dans un alphabet de la famille des « semisyllabaires ibériques », mais qui présente des caractéristiques propres à « un sous système spécifique du territoire basque », précisent les linguistes.
Les inscriptions comportent cinq mots en « vascon », la langue parlée par les habitants de la région de Navarre à cette époque. Le premier mot se lit « sorioneku » et fait écho au mot « zorioneko » qui dans la langue basque actuelle signifie « bonne fortune ». Les quatre autres inscriptions n’ont malheureusement pas un sens aussi évident.
Pour Maria Chivite, cette découverte est une véritable « étape historique » tant d’un point de vue archéologique que linguistique, car « jusqu’à présent nous pensions que ces colons n’écrivaient pas, mais maintenant nous savons qu’ils le faisaient. »
Selon Javier Velaza, professeur de philologie latine, elle permet d’attester de la présence de la langue protobasque sur le territoire vascon, possédant un système graphique propre, en vigueur à l’époque. Pour le groupe de recherches, c’est le premier témoignage direct du peuple basque et le premier pas d’un long chemin d’étude et de recherche.
« La main d’Irulegi est une pièce spectaculaire dans un site également spectaculaire. Une ville protohistorique qui, après avoir été abandonnée après une attaque, nous a laissé des objets du quotidien inaltérés, qui nous permettent d’étudier et d’apprendre avec des découvertes de première main les modes de vie et la société de l’époque. Cela nous donne une image figée de l’instant », se félicite Mattin Aiestaran, directeur des fouilles archéologiques.